Qui fait quoi ?

{Pêches plates et Romarin pour la recette des pêches poêlées d’Alain Ducasse}
1/60 sec, f/4.5, ISO 400 (50 mm/Plein format, photo recadrée)

 

Vous vous êtes peut-être déjà demandés comment se déroulait le shooting d’une photo culinaire pour un livre ou magazine. Plusieurs acteurs sont généralement en jeu.

À l’inverse des bloggeurs, multi-fonctions (bah oui, vous vous voyez attendre/et payer pour qu’un styliste vienne installer votre coq au vin ou qu’un photographe vienne prendre en photo votre quiche le dimanche soir avant le repas ?), sur les shootings photo « pro », les tâches sont généralement réparties. Bien sûr certains font tout, mais vous verrez qu’ils sont peu, et cette « mode du multi-fonctions » vient surtout des blogs.

Alors le Guy Lagache qui est en moi va vous « dévoiler tous les secrets de l’envers du décor » avec à l’appui « des témoignages » de professionnels. (comme vous avez déja pu lire dans l’interview de Aran Goyoaga par Christelle)

Pour l’instant, introduction et présentation de ces différents acteurs.
Nous avons donc à notre gauche l’auteur, à notre droite le photographe et au milieu le (ou les) styliste(s).

 

 

1/ L’auteur, comme son nom l’indique, est l’auteur des recettes. Il crée, imagine de nouvelles recettes pour le plus grand plaisir de nos papilles. Et pour celui de nos pupilles, il est aussi souvent le styliste culinaire. Qui mieux que lui connait la recette et la façon de la mettre en avant ? En tout cas, si ce n’est pas lui qui le fait, il travaille en étroite collaboration avec le styliste.

2/ Dans le stylisme on observe 3 tendances.
* Il y a ceux qui s’occupent d’installer la recette (et donc de la préparer). Comment et où poser les carottes et les lardons dans le boeuf bourguignon ? Quelle est la bonne quantité de sauce pour rendre le plat alléchant ? Un vrai travail d’orfèvre où le moindre grain de sel, la moindre tâche sont traqués. Son meilleur ami : la pince, prête à bouger d’un millimètre une feuille qui dépasse.
EDIT :  J’avais zappé ce « petit » détail, comme le remarque Gourmetise, le styliste est aussi « casteur« . Pourquoi ?  parce qu’il part à la recherche des légumes et fruits parfaits en arpentant les marchés tôt le matin   »À la recherche du nouveau concombre« . Et pas de pitié, ils font être beaux, sinon recalés ! Intransigeants ces stylistes je vous dis.
* Il y a les stylistes vaisselle/ambiance, ceux-là vont partir en quête de la – que dis-je « LA »- vaisselle parfaite qui mettra en avant votre plat et donnera une atmosphère à vos photos. Parcourant grandes enseignes, brocantes, faisant le tour des petites boutiques, des ateliers de céramistes, ce sont des vrais chasseurs d’assiettes, de nappes, de fonds, de couverts …

* Et il y a ceux qui font les deux.

3/ Le photographe. Celui-ci n’est pas là juste pour déclencher. Il va travailler la lumière, le cadre de la photo. Généralement, avec le styliste il choisit une ambiance. Il tente ensuite par différents cadrages, orientations de la lumière ou du plat de retranscrire cette atmosphère. Le matériel photographique utilisé et/ou la post-production vont aussi renforcer le ton donné aux photographies.

Comme vous pouvez le voir, les métiers d’auteur/styliste/photographe ne sont pas des métiers fermés, cela bouge beaucoup, ça évolue, les frontières entre chacun sont parfois minces ou parfois très tranchées.
Chaque collaboration est différente, de part le sujet, le support et les personnes qui y participent. Chacun a sa spécialité et sa personnalité, mais c’est un travail d’équipe pour nous amener à saliver devant chaque photo.

Si vous y prêtez attention, dans les livres ou magazines, sont indiqués les noms des photographes et des auteurs, et de plus en plus on voit (enfin!) apparaître les noms des stylistes)

À suivre donc des interviews de professionnels qui nous parleront de leur parcours et de leur métier passionnant.

Signé le robot multi-fonctions

Publié par Enila -- Le 24 juin 2011 -- Dans Photographie / Stylisme 17 commentaires

Préambule à la délicate question de la mise en scène

Avant toute chose, je pense que l’essentiel même d’une photo est ce qu’elle va dégager. C’est encore plus vrai en photographie culinaire. Il faut que même si on regarde votre photo à 9h du matin, votre saumon mariné nous fasse saliver. Tout le challenge va alors se retrouver dans votre mise en scène.
Poser le plat sur la table et pouf prendre la photo ne rendra jamais une photo appétissante, sauf coup de chance. Avant de vous lancer dans la photographie culinaire, réfléchissez-bien au style que vous souhaitez atteindre et à l’ambiance de vos photos. Flânez sur la toile à la recherche de photos culinaires : il y a les blogs, mais pensez également aux portfolios des professionnels qui sont une incroyable source d’inspiration. N’hésitez pas à enregistrer les photos sur votre ordinateur et à vous constituer une petite collection. Cela pourra vous être utile si vous séchez sur une mise en scène.
Si vous voulez des photos réussies, vous ne pouvez pas passer outre la mise en scène : ce qui est plat est chiant. Une photo de cookies dans une assiette, c’est ennuyeux, ça endort plus les papilles que ça ne les émoustille. Je sais qu’on vous l’a interdit pendant toute votre enfance, mais il faut jouer avec la nourriture. On doit ressentir le plaisir que vous avez eu à cuisiner et imaginer le plaisir que l’on aura à manger votre plat.
Vous ne voulez pas vous cassez la tête avec votre assiette de cookies ? Prenez alors le contre-pied et allez-y à fond dans le « plat ». Prenez vos cookies d’en haut : rendez encore plus plat ce qui l’est déjà.

[320 iso, 1/320, F2.5 (50 mm)]

Pendant la cuisson, à ta mise en scène tu réfléchiras voire prépareras
Lorsque vous préparer votre plat, vous pouvez d’ors et déjà réfléchir au cadre et à la mise en scène que vous souhaiter mettre en œuvre. Profitez du mijotage ou de la cuisson au four pour mettre en place votre décor et les réglages de votre appareil. Ainsi, dès que le plat est prêt, clic clac c’est (quasiment) dans la poche et on passe à table !
Si vous ne souhaitez pas manger froid, l’alternative est de cuisiner une portion en plus et de la photographier calmement plus tard. Congelez-là et cela vous fera un excellent plat cuisiné tout prêt les jours de flemme !

[320 iso, 1/200, F2.8 (50 mm) / 320 iso, 1/200, F2.8 (50 mm)}]

Si tu n’es pas sûr, la sobriété tu assureras
Quand on ne sait pas faire, la simplicité est notre meilleure amie ! Un fond clair et une assiette blanche sont plus faciles à maitriser qu’une table bien garnie. Il n’est pas forcément nécessaire d’avoir pléthore de vaisselles et de décors pour offrir un joli rendu. On se concentre sur la nourriture et on laisse un peu de côté l’ambiance, les fioritures… Un cadrage un peu plus serré sur le plat permet de rentrer rapidement dans le vif du sujet. Il faut susciter l’envie avant tout.
Il est d’ailleurs plus facile de mettre en valeur des petites quantités. Si vous photographiez un plat de pâte, remplissez moins votre assiette quitte à en rajouter ensuite pour passer à table !
Si vous n’êtes pas à l’aide dans la mise en scène, contentez-vous de sobriété au début. L’alternative est aussi de réaliser un plan serré sur le plat. Pas de déco mais on est tout de suite dans le vif du sujet : la nourriture.

[320 iso, 1/400, F2.8 (50 mm) / 320 iso, 1/400, F2.8 (50 mm)]

Au message de ta photo tu réfléchiras
Lorsque vous préparez votre photo, pensez à l’élément que vous souhaitez mettre en valeur. Qu’est-ce que vous voulez montrer avec cette photo ? Quelle émotion vous voulez provoquer ? Sur quoi voulez-vous qu’on s’attarde ? Qu’est-ce qui est à mettre en valeur ? La texture croustillante de ce cookies ou le fondant de cette crème ? Les magnifiques couleurs de légumes cuits à la vapeur ? L’ambiance gargantuesque d’un brunch ?

[320 iso, 1/200, F2.8 (50 mm) / 320 iso, 1/400, F2.8 (50 mm)]

La multiplication des points de vue tu réaliseras
L’avantage du numérique est que l’on peut prendre plusieurs photos sans se ruiner : si ça ne fonctionne pas, on efface. Donc bougez-vous, bougez votre scène, modifiez l’angle de prise de vue : ne vous retenez pas ! Au final, vous verrez l’angle et la mise en scène qui marche le mieux et/ou qui vous touche le plus.
Par exemple, on a tous un format où l’on se sent plus à l’aise : en pied (format vertical) ou en portrait (format horizontal). Prendre à chaque fois une photo en pieds et une photo en portrait vous obligera à modifier un peu la mise en scène et donc à varier les points de vue.

Varier la disposition peut également être intéressant. Par exemple, prendre la photo d’un gâteau entier puis d’une part : on joue sur la mise en scène et met en valeur la texture.

[320 iso, 1/40, F5.6 (50 mm) / 320 iso, 1/250, F2.8 (50 mm)]

Ces 4 commandements très succincts sont un peu le minimum syndical de la mise en scène. Je pense qu’il faut d’abord commencer simple avant de se lancer dans des mises en scènes trop complexes. Apprendre à faire de jolies photos avec peu de vaisselle, maîtriser son appareil et ensuite on ajoutera petite à petit de la difficulté !

Publié par Parigote -- Le 16 juin 2011 -- Dans Stylisme 44 commentaires

Interview : Aran Goyoaga de Cannelle et Vanille

Cannelle et VanilleToutes les images © Aran Goyoaga – ne peuvent pas être utilisées sans permission.

 

Pour ceux qui ne connaissent pas encore Aran Goyoaga, j’ai envie de dire que c’est simplement la femme, photographe et styliste derrière l’un des plus beaux blogs de la blogosphère cuisine : Cannelle et Vanille.

Le style délicat, féminin, lumineux de ses photos a inspiré et continue d’inspirer (et de faire rêver !) beaucoup de lecteurs, blogueurs et autres photographes. Ses recettes et le ton de ses articles sont délicieux et toujours empreint d’anecdotes de vie qui font de son blog un véritable bijou… Pour tout dire, il fait assurément partie de ceux qui m’ont donné envie de faire moi-même des photos culinaires !

Aran a été assez gentille pour répondre aux questions de la Culinographie Team sur son parcours, son approche du stylisme et ses photos ! Ça a été un plaisir d’échanger avec elle (oui, on est assez fan d’elle ici ! :D), alors sans plus de cérémonie, voici ses réponses !

 

***

Bonjour Aran, est-ce que tu peux nous dire comment tu es arrivée à la photographie culinaire ? Quel est ton parcours ?
Quand je repense à comment et où je suis arrivée aujourd’hui, tout cela me parait très étrange. J’ai littéralement “grandi” dans la pâtisserie de mes grands-parents. Cependant, ma famille m’a toujours encouragée à étudier dans un autre domaine que la cuisine. En fille obéissante, j’ai étudié le commerce et l’économie. Je n’ai jamais vraiment apprécié, cependant j’ai continué en allant même jusqu’à être diplômée d’un MBA (Master of Businness Administration).

J’ai déménagé aux États-Unis et j’ai travaillé dans le marketing pour plusieurs entreprises. Quand mon mari a été muté en Floride, j’ai décidé que j’avais vraiment besoin de suivre ma passion, alors je me suis inscrite à l’école de cuisine. Tout en allant à l’école, j’ai travaillé pour différents restaurants gastronomiques à Palm Beach jusqu’à arriver aux cuisines de l’hôtel Ritz-Carlton, en pâtisserie. J’y ai travaillé pendant 3 ans jusqu’à la naissance de mon fils.

J’ai quitté le Ritz et peu après j’ai commencé mon blog qui était comme un journal de bord de mes recettes maison. C’est alors que j’ai commencé à être de plus en plus intéressée par la photographie et le stylisme culinaire et mon intérêt n’a fait que grandir depuis.

 

Quel moment préfères-tu dans le processus de photographie culinaire ? Celui que tu aimes le moins ?
J’adore le moment où tout se passe. Quand j’ai la nourriture en face de moi et qu’elle évolue devant mes yeux. La crème glacée par exemple : j’aime voir quand elle commence à fondre et comment en quelques secondes, on peut avoir une photo complètement différente, un effet plus ou moins gourmand.

 

Comment se passe une journée typique de séance photo ? Es-tu seule ou t’arrive-t-il de travailler avec des assistants ? (Que ce soit pour le blog ou dans ta vie professionnelle)
J’ai déjà travaillé avec d’autres personnes, mais j’ai l’habitude de travailler seule. Ma journée commence habituellement la veille. Je pense à la recette, au message que je veux faire passer à travers elle et aux accessoires que je vais utiliser. Mais cela varie, car je ne sais jamais jusqu’à la dernière minute comment je le vais photographier un plat.

Le matin du shoot, je fais les courses de dernière minute des ingrédients plus « délicats ». Puis je cuisine et juste après, je commence à prendre des photos. En ayant cuisiné un plat par moi-même, cela me donne vraiment une perspective différente sur la façon dont je prends ma photo et ce à quoi la photo finale peut ressembler. J’ai vu les « caractéristiques » de l’aliment, comment il a pu changer au cours de la cuisson, etc. En fait, je m’intéresse beaucoup à l’ingrédient en lui-même.

Enfin, je retravaille mes images (post-production), et nettoie (la partie que j’aime le moins !)

 

Cannelle et VanilleToutes les images © Aran Goyoaga – ne peuvent pas être utilisées sans permission.


Quelle est la technique que tu as eu ou as encore le plus de difficulté à maîtriser ? (en photographie ou en stylisme)
Je suis toujours entrain apprendre de nouvelles choses sur la photographie et le stylisme. Apprendre à maîtriser la lumière reste toujours le plus difficile, en particulier lorsqu’on prend des photos dans un nouvel endroit.

 

Quel plat ou un ingrédient trouves-tu le plus difficile de photographier ou à styliser ? Comment tu t’en sors ?
J’ai récemment fait le stylisme pour une grande chaîne de restaurants grill Hibachi et c’est certainement la chose la plus difficile que j’ai jamais faite. Toute la palette de couleurs était brune et je ne trouvais pas la nourriture appétissante du tout. Je dois « sentir et aimer » la nourriture avec laquelle je travaille, sinon je ne sais pas comment faire.


Ton accessoire de stylisme culinaire fétiche ?
Un couteau bien aiguisé.

 

Cannelle et VanilleToutes les images © Aran Goyoaga – ne peuvent pas être utilisées sans permission.

 

Quel est le travail / l’accomplissement professionnel dont tu es la plus fière ?
Je travaille actuellement à la rédaction, le stylisme et la photographie de mon premier livre de cuisine, qui sera publié par Little, Brown & Company à l’automne 2012 et qui est un grand accomplissement. Je suis vraiment très excitée !

ELLE Suède (un de mes magazines préférés) va également publier certaines de mes images dans leurs numéros de Mai, Juin, Juillet et Septembre cette année, ce qui compte vraiment beaucoup pour moi. J’ai aussi un projet fantastique qui sort cet été avec un grand magazine et qui je pense, sera magnifique.

 

Peux-tu nous en dire plus au sujet de ton livre ? As-tu eu cette idée depuis longtemps ? Qu’allons nous pouvoir trouver à l’intérieur en plus de tes superbes photos et recettes ?
J’ai été approchée dans le passé pour écrire un livre, mais je n’ai jamais senti que j’avais quelque chose de spécial ou de différent à offrir. Puis, l’été dernier, j’ai trouvé un agent merveilleux et j’ai réalisé que j’avais en effet beaucoup de recettes et d’histoires en moi que je n’avais pas partagé. J’ai donc écrit une proposition et de nombreux éditeurs ont manifesté leur intérêt.

Le livre sera une extension de mon blog : beaucoup d’histoires personnelles et naturellement beaucoup de recettes sans gluten, qui suivent le rythme des saisons.

 

Où puises-tu ton inspiration? Qui sont les photographes ou stylistes qui t’inspirent ?
Beaucoup de choses m’inspirent. Généralement les magazines, les livres, les voyages, les marchés, les céramistes, etc. Il y a beaucoup de photographes ou de stylistes que j’aime, mais mes préférés en ce moment sont : John Kernick, Ditte Isager [nb: moi aussiiiii !], Con Poulos, Sibella Cour, Emma Lee, Penny de los Santos et bien d’autres.


Enfin, si tu avais un seul conseil à donner à ceux qui veulent se lancer dans la photographie culinaire, quel serait-il ?

Je pense que travailler en duo avec un photographe ou styliste culinaire est la clé. Faire beaucoup de photos-test et prendre le temps de se bâtir un portfolio. C’est la façon idéale d’apprendre, d’être conseillé et de se faire des contacts.

 

Eskerrik asko Aran! [merci en Basque, d'où Aran est originaire ! ;)]
Ez dau ezegaitik!

 

***

J’espère que l’entrevue vous a plu et que vous avez appris quelques trucs au passage ! N’hésitez surtout pas à poser vos questions et à partager vous-mêmes quelques astuces ! Et je vous invite biensûr à aller voir/baver devant le superbe portfolio et le blog d’Aran : Cannelle et Vanille !

À bientôt !

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Publié par Christelle -- Le 08 juin 2011 -- Dans Stylisme 19 commentaires