Chacun cherche son style

Ce n’est pas un article que j’avais prévu d’écrire tout de suite pour Culinographie. Mais il faut bien avouer que depuis la création du site (et bien avant), c’était LA question qui me trottait (et nous trottait, avec Aline et Parigote) dans la tête : comment trouver son style ?

 

On n’avait pas trop envie de vous effrayer (pas tout de suite), car avant de se mettre au stylisme culinaire, il faut bien comprendre les principes de base de la photographie : la fameuse lumière, les cadrages, la composition, etc… autant de sujet que nous allons aborder sur Culinographie (oui, oui).

Mais, force est de constater, suite à l’article très intéressant écrit par Parigote sur son blog, et l’article d’Aline qui l’a suivi, que les questions que nous nous posons, vous vous les posez aussi. Comment trouver son style photographique sans tomber dans la copie, les mêmes mimiques, le « tout pareil »… en témoigne l’uniformisation des photographies culinaires- qu’on voit surtout sur les blogs… et qui peut –à raison- lasser voire exaspérer.

Je vous invite à lire les articles de Parigote et d’Aline qui sont un peu un préambule à cet article.  Loin de moi l’idée de recréer le même genre de billet ici (je pense que vous avez compris- on se pose des questions !) mais finalement, j’ai trouvé que c’était peut-être le moment de partager ici, avec vous, ce que j’ai déjà appris.

 

Petit disclaimer avant tout : je ne me pose pas en « experte » ou en « censeur », car moi-même j’ai l’impression parfois d’utiliser les mêmes ressources visuelles qu’on voit partout, les mêmes accessoires… Eh oui, j’aime aussi le Liberty (et à défaut de pouvoir me payer une robe Sessùn, j’achète des coupons de tissus ! ;))… je n’ai pas encore trouvé mon style, mais une chose est sûre : je cherche ! De plus, ce que nous vous montrons sur Culinographie représente forcément un mélange subjectif de ce qui nous influence et ce que nous aimons toutes les trois… Néanmoins, on veut vraiment que ce blog soit un espace d’échanges et de critiques constructives, c’est pourquoi j’ouvre la discussion ici.

 

Ce Que J’ai Déjà Appris

(je ne vous ferai pas le « ce qu’il me reste à apprendre », ça serait trop long et je pense que Parigote et Aline l’ont bien cerné, hein)

Style photographique Christelle is flabbergastingPhotos tirées de mon blog, où j’essaye de trouver mon style en expérimentant plusieurs lumières/ ambiances/ cadrages et en cherchant à raconter une histoire à travers chaque plat…  © Toutes les photos- Christelle is Flabbergasting


Oui, il est bon de s’inspirer pour trouver son style, sa « visual voice »

Regarder ce qui se fait (et souvent s’émerveiller devant tant de beauté quitte à se trouver ridicule à côté !) mais toujours en cherchant à « recréer à sa sauce », en apportant son point de vue, son grain de sel, sans chercher à copier… L’exemple qui me vient tout le temps à l’esprit est celui de Katie Quinn Davis et son style si particulier, qui a donné un bon coup de pied dans la fourmilière des blogs de cuisine. Aujourd’hui, elle est déjà « imitée »… sûrement la rançon de la gloire et le fait que tout se récupère assez vite dans le milieu fermé de la blogosphère -même la « différence ». Dans tous les cas, on retient qu’elle a réussi à imposer SON style et ça c’est bien.

 

… Mais toujours donner crédit à ceux qui vous influencent

Donc, oui, c’est normal de s’inspirer, c’est comme ça que ça marche depuis la nuit des temps. Mais rien n’est plus débile/ insultant/ et discréditant pour vous au final de ne pas citer votre source d’inspiration (parce que vous ne serez sûrement pas le/ la seul à connaître le travail d’untel ou d’untel) . Pour une série photo sur mon blog, je m’étais inspirée de motifs créés par la styliste Rebecca Newport. Alors oui, j’aurais vraiment adoré avoir l’idée moi-même… mais non. Par contre, j’étais curieuse de tester cette « technique », alors j’ai recrée une série tout en prenant bien soin de créditer l’auteur et d’expliquer pourquoi j’avais aimé son travail. Ça n’enlève rien à votre créativité et surtout vous n’y perdrez pas en crédibilité.

 

Rester curieux

… et par le fait même chercher l’inspiration ailleurs que sur les blogs de cuisine quand on a un blog de cuisine. Par exemple, avant l’internet, on avait ce truc rectangulaire avec des feuilles qu’on tournait : un livre. Mais aussi un magazine. La nature. La ville. Une rue. Une fleur. Les voyages.Un grand monsieur de la mode (Paul Smith de son petit nom) a dit un jour : « l’inspiration est partout ». Cette phrase reste un moteur pour moi et me pousse à explorer.

 

Expérimenter des choses (même si « c’est moche »), sans se mettre la pression

… Pour ne pas s’enfermer dans un carcan. À chaque nouveau billet sur mon blog, je me pose un défi que ce soit dans la composition de la recette, la technique photographique (lumières, cadrages, ambiance…), la prise de vue… ou les trois en même temps. Ça ne se voit pas toujours forcément sur les photos finales (à mon grand dam !), mais quand j’arrive à sortir un peu de ma zone de confort, je suis au bout du compte plus satisfaite. À la longue, en cherchant, je me dis que ça finira par se ressentir dans la photo. C’est aussi ce qui permet de ne pas se lasser et d’avoir le sentiment de toujours faire la même chose.

 

Raconter une histoire

Même si en photo culinaire, on retrouve souvent les mêmes cadrages et angles de vue (vue de ¾, vue de haut, petit bokeh bien maîtrisé (ou non)), il faut s’efforcer de se poser des questions avant même de shooter (en préparant la recette presque) : pourquoi cette recette ? Qu’est-ce-que je veux dire à travers elle ? Quel est le message que je veux faire passer ? Imaginez une photo comme la combinaison de pleins de mots.

 

Se concentrer sur le plat, l’ingrédient

(Je sais, je vous l’avais déjà dit dans l’article sur les fonds, je me permets d’insister.)

Intéressez vous aux reliefs d’un plat, ou d’un ingrédient en particulier. La nourriture « nue », sans artifice est tellement diversifiée en formes, couleurs et textures que, parfois, si l’histoire qu’on raconte s’y prête, il n’y a besoin de (presque) rien d’autre autour ! En photographie culinaire, on cherche avant tout à sublimer la nourriture -sans détourner l’attention sur le décor et les accessoires.

 

Rester simple, humble, et ne pas oublier que « c’est pas comme ça dans la vraie vie »

Nous sommes, pour la majorité, des passionnés de photographie culinaire, pas des professionnels. Nous tenons ou non des blogs de cuisine et nous avons un autre métier à côté. On fait de notre mieux, on a pas tous envie de devenir photographe professionnel et c’est très bien comme ça. Dans ce contexte, il est important de rester humble sur sa pratique photographique, pour laisser place à l’amélioration… et surtout ne pas oublier que les photos de cuisine sur les blogs font seulement partie d’un petit microcosme qui ne représentent pas toute la réalité du métier de photographe et styliste culinaire.

Pour caricaturer, la photographie et le stylisme culinaire, ça n’est pas juste « prendre des cupcakes mignons en photo » : on parle souvent des viandes crues comme d’un exercice de haute voltige pour un styliste/ photographe… c’est vrai pour ça et tout plein d’autres ingrédients et de plats… Sans parler, que dans le cadre d’un photoshoot professionnel, il y a aussi des clients et un directeur artistique dont les désirs ne sont pas toujours facile à combler ! Rien à voir avec un « blog de cuisine  personnel », donc.

 

En guise de conclusion-qui-n’en-est-pas-une, car je vous invite à continuer la discussion…

La question qui me taraude depuis longtemps reste qu’au final, qu’est ce qui fait un style ?

Pour moi –et vous avez le droit de ne pas être d’accord- c’est de réussir à identifier immédiatement l’auteur derrière la photo. De reconnaître sa patte, « sa voix ». Souvent, les lecteurs de mon blog disent « reconnaître mon ton à l’écrit » (quand j’ai écrit pour d’autres plateformes, par exemple), j’adorerai que ces mêmes lecteurs-là disent un jour « quand j’ai vu cette photo, j’ai tout de suite su que c’était Christelle ! » (le kiffe, je vous le dis !) D’un autre côté, je me demande souvent si cela n’impliquerait pas de toujours faire la même chose ? J’imagine que c’est cet équilibre qui reste le plus difficile à trouver.

Le chemin est long (petit Padawan) et il n’y a pas vraiment de raccourci : il faut tester, expérimenter. Un grand philosophe du XXIè siècle et meilleur ami de son état m’a un jour dit « de toute façon, ne fais pas un blog pour les autres, fais-le pour toi !». Et je crois que c’est l’objectif n°1 à ne pas perdre de vue, que ce soit pour un blog, en photographie culinaire, ou en création de manière générale : faites-vous plaisir, sacrebleu !

Publié par Christelle -- Le 27 juillet 2011 -- Dans Photographie 42 commentaires

¿adónde? Moduler sa vaisselle

Je suis sensible à la céramique, surtout lorsque les pièces sont « faites-main ». Je suis sensible à ce rapport entre la « terre »(la nature) et la main de l’homme qui la façonne. Chaque pièce est unique et raconte une histoire différente. La narration est tout autre selon l’assiette que vous choisirez.

On vous parlait il y a peu de l’importance de la vaisselle dans le stylisme culinaire pour mettre en avant votre plat et pour donner un ton. On ne vous conseillera que trop d’utiliser une vaisselle simple, sobre mais avec du caractère !

Alors lorsque j’ai découvert la vaisselle modulaire en grès ¿adónde?,  j’étais conquise.

« Mais qu’est-ce que c’est que ce Totem ? » Voilà ce que je me suis dis, la première fois, en voyant de loin un empilement de céramiques aux jolies couleurs naturelles.

Mais cet empilement, c’était quoi exactement ? Des assiettes creuses ? Non peut-être des plats. Une assiette plate ? Ou peut-être un couvercle ? Tout simplement des cylindres d’un design simple mais très efficace. Voilà la jolie idée d’¿adónde? Fini les problèmes de rangement de vaisselle, tout s’empile et s’associe. Chaque pièce peut servir à différents usages, les combinaisons sont multiples. Il y a là une vaisselle ludique et économique que l’on peut moduler à souhaits, qui se transforme au grès de vos envies et de vos besoins.

Et certains ne s’y trompent pas. On retrouve la vaisselle ¿adónde? sur les tables d’Alain Ducasse dans son restaurant l‘Adour à New-York, mais aussi encore chez Gérald Passédat, au Petit Nice à Marseille. Ce chef triplement étoilé sert sa mythique bouillabaisse dans une superposition de 7 cylindres !

 

 

Mais ¿adónde?, c’est aussi une  réflexion sur l’écologie, et la production locale.

À la question ¿adónde? (qui veut dire « où ça ? » en espagnol), on ne vous répondra pas la Chine ou l’Inde, mais la France et l’Espagne.
En 2005, Laurent Serin et Javier Gutiérrez Carcache décide de lancer leur marque 100% française (malgré un nom espagnol, dû aux origines nicaraguayennes de Javier ^^). Celle-ci se veut claire sur sa production et l’origine de ses matériaux recyclés et respectueux de l’environnement.

 

Laurent et Javier ont accepté de répondre à quelques questions sur l’origine de leur marque et de ce design :

Comment est née la vaisselle ¿adónde?
« Après avoir travaillé avec des artisans du Nicaragua, nous avons vite compris que le cylindre était une forme naturellement facile à faire sur le tour, à la main. L’idée est venue aussi naturellement de faire une série de cylindres pour la table. Ceux-ci devaient remplir plusieurs fonctions : l’empilement devait être parfait pour en faire des boîtes de rangement faciles et pratiques, pour servir les aliments et les garder au chaud. Le côté modulaire devait les rendre beaux à exposer à table ou sur les étagères.
Techniquement le cylindre est facile à faire, quoique difficile à garder droit quand on monte en hauteur.  Nous employons souvent la phrase suivante pour parler de la fabrication de nos produits : l’économie de moyens diversifie l’objet. En effet, une forme super simple et minimale devient couvercle, casserole, cocotte allant au four ou encore dessous-de-plat selon le besoin et selon la combinaison choisie. Un objet ultra simple peut devenir complexe dans son usage. La simplicité d’une forme rend l’objet ouvert à différentes interprétations. Pas besoin de le compliquer dans sa forme pour en faire quelque chose d’utile et de très beau. »

Une production locale, des matériaux naturels…Quelle importance ces éléments ont-ils dans votre démarche ?
« Fabriquer en France ou en Espagne est pour nous essentiel. D’abord, nous voulons réduire au maximum notre empreinte carbone en termes de transport. Ensuite, la proximité physique des artisans avec qui nous travaillons nous assure les bonnes conditions de travail, la qualité des objets et permet un échange technique et humain avec leurs divers métiers. Tout ceci serait extrêmement difficile autrement.
Le choix des matières est aussi quelque chose d’extrêmement important. Il est hors de question d’utiliser des matières non respectueuses de l’environnement. Le grès utilisé est 100% naturel, non polluant et les émaux faits entièrement de minéraux naturels aussi. Quand une assiette se casse, elle redevient une pierre dans la nature. Quant au bois, nous utilisons des essences qui viennent de forêts certifiées ou alors de l’aulne des Pyrénées espagnoles où il repousse tout seul à proximité de l’atelier de fabrication. L’aulne est un peu le bambou européen. »

 

Merci à Javier et Laurent de nous avoir expliqué la démarche et l’histoire d’¿adónde?

Je vous  invite à visiter leur site, sur lequel vous retrouverez la vaisselle, mais aussi d’autres objets qu’ils ont designés toujours dans cet esprit modulaire, ludique.
Et ouvrez l’oeil, il est très probable que dans vos livres de cuisine, vous aperceviez de la vaisselle ¿adónde?

Crédits Photos ¿adónde?
Plats réalisés par Chef Christophe Grossjean à l’aubergine restaurant à Carmel en Californie.

Publié par Enila -- Le 18 juillet 2011 -- Dans Stylisme 11 commentaires

Inspiration : Kathrin Koschitzki

photisserie© Kathrin Koschitzki – tous droits réservés

J’ai découvert le travail de la photographe Kathrin Koschitzki via l’excellente rubrique « In the Kitchen with » sur le non moins excellent blog Design*Sponge. J’ai tout de suite été séduite par l’univers si particulier, délicat et intimiste de ses photos. La lumière est toujours très douce et on perçoit un certain sens de l’humour et une volonté de ne pas se prendre trop au sérieux au travers de ses compositions… comme plus bas avec le nœud-papillon feuille de menthe !

Photisserie© Kathrin Koschitzki – tous droits réservés

On sent que Kathrin a un style bien à elle, qui ne cherche pas à imiter, et du coup, quand on consulte son blog, une vraie patte artistique et une vraie cohérence se dégage de son travail photographique. Cette cohérence, c’est qu’on appelle la « visual voice » en Anglais (littéralement la « voix visuelle« )… et réussir à trouver cette voix reste, selon moi, un des plus gros challenge pour n’importe quel créateur (pas seulement pour un photographe). C’est ce qui fait qu’on reconnaitra le travail d’un tel ou d’un tel quasiment au premier coup d’œil… mais je vous en reparlerai plus tard ici ! :)

Photisserie© Kathrin Koschitzki – tous droits réservés

Pour le C.V., Kathrin Koschitzki est une photographe d’origine Allemande qui vit aujourd’hui à Paris. Elle a étudié la photographie en Allemagne puis la pâtisserie en France (à Paris !) Elle a donc un blog, Photisserie, qui mêle ses deux passions… je vous invite à le consulter ainsi que son très beau portfolio.

Photisserie© Kathrin Koschitzki – tous droits réservés

 

Et vous, quels sont vos derniers coups de cœur en photographie culinaire ?

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Publié par Christelle -- Le 06 juillet 2011 -- Dans Photographie 21 commentaires